Quand l’école assassine la créativité

Quoi de plus efficace que se plaindre pour raviver un blog abandonné trop vite ? Il y a quelques jours, ma fille de tout juste dix ans m’annonce fièrement une excellente note en production d’écrit, devoir fait en classe dans lequel elle devait raconter quelque souvenir de vacances. Alors que je la félicitais, mon esprit a buté sur ces mots : « production d’écrit ».

Il n’y a pas si longtemps, les élèves rendaient en fonction de leur âge des rédactions, des dissertations ou des compositions écrites. Composer, disserter, rédiger… C’est toujours discourir. C’est concevoir bien pour énoncer clairement avec des mots qui viennent aisément. Ecrire c’est finalement apprendre à réfléchir. Enfin, c’était…

fichier de production d'écrits

Désormais, on ne compose plus ni sa réflexion ni même des vers de mirliton. De fait on n’écrit plus : on « produit des écrits » avec toute l’abomination mécanique et aseptisée de ce concept normé, précieux ridicule, qui flatte l’égo de l’enseignant en le rendant dépositaire technocratique d’un jargon forcément impénétrable. Le monde éducatif avait déjà donné naissance à l’inquiétant référentiel bondissant lancé par un segment mobile, il n’allait pas hésiter à engendrer la production d’écrits !

Pourtant, produire un écrit c’est déjà le vider à moitié de sa valeur. Le sous-entendu créatif de la composition, le pré-requis analytique de la dissertation ont tous deux disparu. A l’extrême, un copier-coller est une production d’écrit et d’ailleurs, j’ai constaté par moi-même que le copier-coller devenait un « travail de compilation, parfois utile ». Produire un écrit c’est appauvrir son son sens, le priver de son vocabulaire, de sa prosodie, de sa respiration, de sa musicalité. C’est dans le meilleur des cas le limiter à l’information qu’il contient. C’est mettre au même niveau Alphonse de Lamartine et Vincent Delerm. Encore un méfait de l’égalitarisme à tout crin !

Mais il y a pire. Connaître le nom des choses qui sont au monde c’est justement se les approprier pour vivre avec. Qui est moins poète que celui qui méconnait un univers potentiellement infini, au point de le faire désormais tenir dans un « cadre de vie » ? Dans quel monde est-on si l’on ne peut le décrire et pire, si l’on en a une vision falsifiée et réduite ? Si l’on remplace le vocabulaire et les arguments par des « éléments de langage » qui n’illustrent plus les nuances de la réalité ?

Savent-ils, ces frustrés du wording, qu’à force d’ôter des couleurs aux palettes des mots ils nous condamnent à la production d’écrits griffonnés au crayon banalement gris ? Ah mais suis-je sot, c’est précisément ce que l’on demande aux petites filles de dix ans !

Un commentaire sur “Quand l’école assassine la créativité

  1. Cette tendance va-t-elle s’accentuer avec la progression des outils numériques ? rien n’est inéluctable, mais les parents doivent du mieux qu’ils peuvent, stimuler leur enfant à l’écriture et à la lecture. Au monde qui les entoure voire au-delà vers l’univers. Mon fils passe beaucoup de temps sur ses jeux. Trop à mon goût. Je l’ai encouragé à se faire un blog pour qu’il puisse parler de ses jeux. C’est un bon départ et cela permet de stimuler leur créativité, tout en se consacrant à leur passion d’enfant.

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